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Démarrer une entreprise de nettoyage au Québec en 2026 : le décret, le comité paritaire et les vrais coûts

Démarrer une entreprise de nettoyage au Québec demande peu de capital : une société par actions pour 497 $ tout inclus, de l’équipement de base et un premier contrat suffisent. La vraie barrière est réglementaire : dès votre premier salarié affecté à un « édifice public », un décret impose un salaire minimum sectoriel, un comité paritaire et un rapport mensuel. Ce guide couvre ce que la plupart des guides ignorent.

Votre code d’activité économique (CAE)

À l’immatriculation, vous déclarerez un code CAE au Registraire : le 9741 est le plus courant pour l’entretien ménager d’édifices; les séries 9726 à 9729 et 9952 à 9959 peuvent aussi convenir selon votre offre. Voyez notre outil de recherche des codes CAE.


Un secteur facile d’accès ? Oui — jusqu’au premier salarié

Le nettoyage est l’un des secteurs les moins capitalistiques : aucun permis professionnel provincial pour l’entretien courant, un équipement de départ modeste. Mais c’est aussi l’un des rares secteurs au Québec régis par un décret de convention collective : des conditions de travail imposées par règlement à toutes les entreprises, syndiquées ou non.

Deux décrets coexistent : celui de la région de Montréal (RLRQ, c. D-2, r. 15) et celui de la région de Québec (RLRQ, c. D-2, r. 16). Chacun s’applique à « tout travail d’entretien effectué pour autrui » sur le territoire défini à son annexe I — en cas de doute sur votre territoire, appelez le comité paritaire plutôt que de deviner. Un seul salarié affecté à des travaux visés suffit pour devenir « employeur professionnel » au sens du décret.


« Édifice public » : une définition beaucoup plus large que vous pensez

Le réflexe classique — « je fais du commercial, pas du public, donc pas de décret » — est faux. « Édifice public » ne veut pas dire édifice gouvernemental : la définition couvre la quasi-totalité des immeubles où se vend du nettoyage. Pratiquement, seule la résidence privée unifamiliale y échappe.

La définition inclut notamment : bureaux, magasins et centres commerciaux, restaurants, bars, hôtels, écoles, garderies, cliniques, hôpitaux, arénas, usines, entrepôts — et, point crucial, « une maison à plusieurs appartements ou logements », sans seuil de nombre de logements. Laver les aires communes d’un immeuble locatif est du travail visé par le décret.

Le texte prévoit quelques exclusions — chambres d’hôtel, concierge résidant (décret de Montréal), résidences privées pour aînés côté propriétaire, notamment. Quant au grand ménage après chantier, le texte ne tranche pas la frontière avec la construction : validez ce cas auprès du comité paritaire avant d’en faire votre offre.


Les taux du décret en 2026 : Montréal et région de Québec

Le salaire minimum de votre premier employé n’est pas le salaire minimum général du Québec : c’est le taux du décret, nettement plus élevé — 23,25 $/h dans la région de Montréal depuis le 4 mars 2026, 23,83 $ dès le 1ᵉʳ novembre 2026. Dans la région de Québec, les taux en vigueur datent du 1ᵉʳ novembre 2025.

Classe de travauxMontréal — depuis le 4 mars 2026Montréal — dès le 1ᵉʳ nov. 2026Région de Québec — depuis le 1ᵉʳ nov. 2025
A (travaux lourds)23,25 $23,83 $21,62 $
B (travaux légers)23,25 $23,83 $21,57 $
C (travaux en hauteur)23,90 $24,49 $22,23 $

À retenir au-delà du taux de base :

  • Prime de nuit (décret de Montréal) : 0,25 $/h depuis le 4 mars 2026, 0,50 $ dès le 1ᵉʳ novembre 2026 (quart majoritairement entre minuit et 8 h);
  • REER collectif obligatoire dans les deux régions : 0,20 $ par heure payée, versé au comité paritaire;
  • Semaine normale de 40 heures, heures supplémentaires à +50 %, minimum de 4 heures en cas de rappel (décret de Montréal);
  • À Montréal, hausses connues d’avance jusqu’en novembre 2030 (classes A/B à 26,63 $); pour la région de Québec, aucune hausse ultérieure publiée au texte à ce jour.

Le comité paritaire de Montréal (CPEEP) et celui de la région de Québec exigent un rapport mensuel au plus tard le 15 du mois, avec un prélèvement de 0,5 % de la masse salariale chez l’employeur et 0,5 % chez le salarié, plus les cotisations REER; leurs inspecteurs vérifient les registres d’heures et réclament les écarts salariaux.


Artisan solo ou employeur : la ligne qui change tout

C’est le pivot du modèle d’affaires. L’artisan qui travaille seul échappe au décret à trois conditions cumulatives : faire affaires seul, contracter directement avec le propriétaire, le locataire ou le gestionnaire de l’édifice, et exécuter le travail seul ou en famille immédiate. Une seule condition manque, et le régime complet s’applique.

Le revers est le piège numéro un du secteur : l’artisan solo qui sous-traite pour une autre entreprise de nettoyage n’est pas exclu — il est assimilé à un salarié de cette entreprise au sens de la Loi sur les décrets de convention collective. Beaucoup de démarrages commencent ainsi : une entreprise établie vous confie des immeubles, vous facturez — et le décret s’applique, taux, prélèvements et rapport mensuel compris. Le donneur d’ouvrage est d’ailleurs solidairement responsable des obligations pécuniaires du décret avec ses sous-traitants.

Concrètement, si vous démarrez en solo :

  • Visez le contrat direct avec le client final et documentez-le par écrit — c’est votre preuve d’exclusion;
  • Méfiez-vous des « contrats clés en main » offerts par d’autres entreprises de nettoyage : c’est la configuration type du salarié réputé;
  • Dans la région de Québec, l’exclusion est légèrement plus étroite (famille habitant avec vous) — au moindre doute, appelez le comité paritaire.

L’attestation de Revenu Québec : une surveillance propre au secteur

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2021, le secteur fait l’objet d’une mesure fiscale particulière visant environ 14 000 entreprises : l’attestation de Revenu Québec pour les contrats d’entretien. Objectif déclaré : contrer le travail clandestin, les compagnies fictives et la facturation de complaisance — le nettoyage est un secteur nommément surveillé.

Le régime vise les contrats entre une entreprise d’entretien et un sous-contractant, à tous les niveaux, dès qu’un contrat est à durée indéterminée (peu importe la valeur) ou atteint 10 000 $ avant taxes par année civile entre les mêmes parties — qui restent ensuite visées, peu importe les montants.

Les obligations sont documentaires et automatiques :

  • Le sous-contractant détient l’attestation en continu (valide jusqu’à la fin des 3 mois suivant le mois de délivrance, renouvellement automatisable) et en remet copie au début des travaux;
  • L’entreprise d’entretien la vérifie en ligne et déclare chaque trimestre les montants facturés par sous-contractant (30 avril, 31 juillet, 31 octobre, 31 janvier);
  • Pénalités automatiques par trimestre : 350 $ à 2 850 $ pour l’entreprise d’entretien, 175 $ à 950 $ pour le sous-contractant, doublées en récidive dans les 3 ans; franchiseurs et franchisés expressément visés;
  • Les sommes versées à un travailleur autonome vont à la case O (code RD) du relevé 1, sans seuil : chaque maillon de la facturation est tracé.

Votre coût de revient réel : ne soumissionnez pas à l’aveugle

La deuxième erreur fatale du secteur, après le statut mal qualifié : soumissionner sous son coût de revient chargé. Une heure au taux du décret ne coûte pas 23,25 $ : avec les charges obligatoires, comptez environ 28 à 30 $ l’heure chargée dans la région de Montréal, avant frais généraux et profit.

Le calcul pour une heure de classe A/B à Montréal dès mars 2026 : 23,25 $ de salaire, plus environ 16,96 % de taxes sur la masse salariale (estimation officielle retenue dans l’analyse d’impact du décret), plus le prélèvement de 0,5 % du comité paritaire, le REER de 0,20 $/h et les vacances. Et le marché paie généralement le minimum du décret : vos concurrents sérieux ont le même plancher.

En face, les prix publiés par des sources commerciales — à titre indicatif seulement — vont de 30 à 50 $/h, ou de 0,15 à 0,30 $ le pied carré par intervention. La marge existe, mais chaque soumission doit partir du coût chargé : un contrat à 26 $/h avec un salarié au décret est déficitaire d’avance.


Franchise de nettoyage ou indépendant incorporé ?

Les franchises vendent un démarrage accéléré : clients fournis et encadrement, contre droit d’entrée et redevances. Les chiffres publiés — jamais garantis — donnent l’ordre de grandeur : mise de fonds d’environ 4 000 $ chez Jan-Pro (selon une annonce de répertoire aujourd’hui retirée); plans à partir d’environ 14 000 $ chez Jani-King, plus un fonds de roulement recommandé, avec un volume de facturation initial garanti par contrat.

Avant de signer, deux points : la franchise n’exempte de rien — Revenu Québec vise expressément franchiseurs et franchisés dans le régime d’attestation, et le décret s’applique à leurs salariés comme aux autres; et l’indépendant incorporé garde 100 % de sa facturation, sans redevances, pour un coût d’entrée (incorporation à 497 $, assurance, équipement) généralement inférieur aux droits de franchise — mais sans clientèle fournie.

Notre guide Quand s’incorporer au Québec ? chiffre l’arbitrage; notre comparatif des formes juridiques situe la société par actions face au travailleur autonome.


Les étapes pour démarrer, dans l’ordre

Bâtissez la structure avant de signer le premier contrat d’envergure : société, taxes, qualification de votre marché au regard du décret, puis les inscriptions du premier salarié, l’attestation et l’assurance. Chaque étape est plus simple quand la précédente est faite.

  1. Constituez votre société par actions. Elle sépare votre patrimoine des risques du contrat et crédibilise vos soumissions. Comptez 397 $ de frais gouvernementaux en le faisant vous-même, ou 497 $ tout inclus avec Incorp-Québec (697 $ avec nom officiel, inscriptions fiscales et service express) — détails dans notre guide des coûts et nos étapes de création. Prévoyez ensuite le compte bancaire d’entreprise, le livre des minutes et la mise à jour annuelle au Registre des entreprises (106 $ de droits annuels).
  2. Inscrivez-vous à la TPS/TVQ. Obligatoire au-delà de 30 000 $ de fournitures taxables sur quatre trimestres, quasi incontournable en B2B — et l’inscription à la TVQ est au cœur du régime d’attestation. Voyez notre guide des numéros de taxes et notre calculateur TPS/TVQ.
  3. Qualifiez votre marché au regard du décret. Types d’immeubles visés, territoire (annexe I de chaque décret) : au moindre doute, un appel au comité paritaire vaut mieux qu’une surprise rétroactive.
  4. Préparez le premier salarié. CNESST dans les 60 jours de la première journée travaillée (possible dès 30 jours avant), retenues Revenu Québec et ARC, inscription au comité paritaire et premier rapport le 15 du mois suivant, paie au taux du décret avec primes et REER.
  5. Obtenez votre attestation de Revenu Québec via Mon dossier pour les entreprises dès que vous prenez ou donnez de la sous-traitance (durée indéterminée ou 10 000 $ et plus par année), avec renouvellement automatique.
  6. Assurez-vous et qualifiez-vous. La responsabilité civile de 2 M$ est le standard de marché (aucun montant imposé par la loi); écoles et garderies exigent des vérifications d’antécédents. À dix salariés en moyenne s’ajoute l’équité salariale (exercice initial dans les 4 ans).

Vue d’ensemble des forfaits : notre page incorporation au Québec en ligne.


Votre entreprise de nettoyage incorporée pour 497 $, frais gouvernementaux compris

Un formulaire d’environ 20 minutes, des statuts préparés et vérifiés, un dépôt direct au Registraire des entreprises, avec les bons codes d’activité déclarés.



Les pièges qui coûtent cher

  1. Payer le salaire minimum général au lieu du taux du décret. Le minimum sectoriel à Montréal est 23,25 $/h (23,83 $ dès novembre 2026). Le comité paritaire inspecte et réclame les écarts — et le donneur d’ouvrage est solidairement responsable des obligations de son sous-traitant.
  2. Le « faux travailleur autonome » en cascade. L’artisan sous-traitant d’une entreprise de nettoyage est assimilé salarié, les honoraires versés aux autonomes figurent au relevé 1 (case O, sans seuil) et les déclarations trimestrielles tracent chaque facture : exactement le stratagème que le dispositif de 2021 cible.
  3. Croire que « résidentiel » égale « hors décret ». Les immeubles à logements multiples sont des édifices publics; seuls le domicile privé unifamilial et quelques cas précis (concierge résidant, notamment) échappent au champ d’application.
  4. Négliger l’attestation de Revenu Québec. Pénalités automatiques et trimestrielles (350 $ à 2 850 $ pour l’entreprise d’entretien, doublées en récidive), même si vos impôts sont en règle.
  5. S’inscrire en retard à la CNESST et soumissionner sous son coût. Inscription tardive : primes rétroactives et frais pour les années omises. Et toute soumission sous le coût chargé (environ 28 à 30 $/h à Montréal) est un contrat déficitaire signé d’avance.

FAQ — Entreprise de nettoyage au Québec

Je fais du ménage chez des particuliers : le décret s’applique-t-il ?

Non. La résidence privée unifamiliale n’est pas un « édifice public » au sens du décret. Mais dès que vous entretenez avec des salariés les aires communes d’un immeuble à logements, un bureau ou un commerce, le décret peut s’appliquer.

Je travaille seul, sans employé : suis-je assujetti au décret ?

Non, si vous contractez directement avec le propriétaire, le locataire ou le gestionnaire et travaillez seul ou en famille immédiate. Oui — comme salarié réputé — si vous êtes sous-traitant d’une autre entreprise de nettoyage : le piège le plus fréquent du secteur.

Quel salaire minimum pour mon premier employé dans la région de Montréal en 2026 ?

23,25 $/h (classes A et B) et 23,90 $/h (classe C) depuis le 4 mars 2026, puis 23,83 $ et 24,49 $ dès le 1ᵉʳ novembre 2026, plus la prime de nuit (0,25 $, puis 0,50 $) et le REER collectif de 0,20 $ par heure payée.

Et dans la région de Québec ?

Le décret D-2, r. 16 prévoit 21,62 $ (classe A), 21,57 $ (classe B) et 22,23 $ (classe C) depuis le 1ᵉʳ novembre 2025, plus le REER collectif de 0,20 $/h. Aucune hausse ultérieure publiée au texte à ce jour.

Qu’est-ce que le comité paritaire ?

L’organisme chargé d’appliquer le décret dans sa région : inscription des employeurs, rapport mensuel au plus tard le 15 du mois, prélèvement de 0,5 % chez l’employeur et de 0,5 % chez le salarié, perception du REER collectif, inspections et réclamations salariales.

Ai-je besoin d’une attestation de Revenu Québec ?

Oui, dès qu’un contrat de sous-traitance d’entretien est à durée indéterminée ou atteint 10 000 $ par année civile entre les mêmes parties. Le sous-traitant la détient en continu et en remet copie; le donneur d’ouvrage la vérifie en ligne et déclare chaque trimestre les montants facturés.

Combien coûte l’incorporation d’une entreprise de nettoyage en 2026 ?

Au minimum 397 $ de frais gouvernementaux en le faisant vous-même. Avec Incorp-Québec, 497 $ tout inclus (frais gouvernementaux, statuts, déclaration initiale, compagnie à numéro) ou 697 $ avec nom officiel, inscriptions TPS/TVQ et retenues, et service express. Ensuite, 106 $ de droits annuels au Registraire.

Franchise de nettoyage ou entreprise indépendante ?

Coûts d’entrée publiés : environ 4 000 $ de mise de fonds chez Jan-Pro (selon une annonce de répertoire aujourd’hui retirée), environ 14 000 $ et plus chez Jani-King, contre clients initiaux et encadrement. Aucune exemption réglementaire : décret et attestation visent aussi les franchisés. L’indépendant incorporé garde 100 % de sa facturation.


Transparence

Incorp-Québec est un service de préparation de documents d’incorporation : notre rôle est de préparer et de déposer vos documents de constitution. Les taux et le champ d’application des décrets évoluent; en cas de doute sur votre assujettissement — territoire, type d’immeuble, nettoyage après construction —, appelez le comité paritaire de votre région : c’est l’organisme mandaté pour appliquer le décret.

Prêt à démarrer sur des bases solides ?

Société par actions pour 497 $ tout inclus, frais gouvernementaux de 397 $ compris, compagnie à numéro et déclaration initiale au REQ incluses. Vous connaissez le décret et votre coût de revient — il ne reste qu’à créer la structure.